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Art contemporain – Chapitre 5 (version de travail)

22 septembre 2020

Lors de sa découverte, une première hypothèse a été formulée quant à la nature de notre monument. C’est cette hypothèse qui a été largement diffusée de par le monde par les médias et c’est, hélas, encore cette hypothèse qui est généralement admise, et enseignée dans nos écoles.
Rappelons-la ici, en quelques mots. Notre monument serait un vestige du déluge, la bitte d’amarrage grâce à laquelle notre monde serait resté ancré à sa place dans l’univers lors du grand cataclysme originel. Celui-là même dont nous parle les textes anciens concernant la Création. C’est autour de ce rivet immense et primordial que toute chose se serait cristallisée, que les éléments auraient été générés, l’un après l’autre, grâce à lui que la vie serait apparue — ce serait d’ailleurs la raison pour laquelle la végétation s’y accrocherait si puissamment, le rivet étant le seul vestige de la première seconde d’existence de l’univers.
Bien que séduisante pour certaines, cette hypothèse a depuis été contredite par toutes les analyses et découvertes qui ont été faites par nos équipes et par d’autres. Elle est sans doute due à l’éducation des découvreurs du monument, Jiro Hirubota et Voloira Moiloiroimoinoi (bien que quimpancaix, tous deux issus étaient en effet descendants de membres de la Tribu du Grand Sud), mais aussi à leurs lacunes s’agissant des dernières découvertes de la science historique. Rappelons en effet qu’ils étaient avant tout chrono-biologistes.
Une variante de cette hypothèse cosmogonique voudrait que notre tour soit effectivement une bitte d’amarrage qui aurait servi au cours du déluge — mais d’un déluge plus récent, probablement ce lui que l’on sait avoir eu lieu il y a environ 5000 ans. Ce déluge a ravagé toutes les terres alors émergées, réduisant drastiquement les populations humaines, rétablissant au passage un certain équilibre climatique à la surface du globe. Nous savons toutefois qu’une partie de la population a pu survivre en s’embarquant sur de gigantesques arches flottantes — des arches qu’il fallait bien toutefois amarrer quelque part, selon cette hypothèse assez bancale avouons-le.
Car quel besoin d’une bitte d’amarrage comme celle-là, même dans un déluge de proportion cosmogonique ? Le risque serait au contraire, soit de percer la coque de l’arche, soit que la tension extrême sur les amarres endommage les œuvres mortes. Bref : aucun intérêt, sinon noyer tous les occupants de l’arche. Éventuellement, elle aurait pu servir d’amer — mais pourquoi, là encore ? Dans l’espoir de retrouver les mêmes terres au-dessous ?
Et en ce cas, pourquoi ces si belles polychromies ? Surtout dans le bas de l’édifice — qui aurait été nécessairement immergé ? Était-ce dans un but de préservation ? Pour éviter que le matériau de construction de s’érode ? N’était-il pas au courant des formidables capacités de résistance de ce matériau ?
À bien des égards — à commencer par le parfum de spiritualité qu’elles dégagent —, ces hypothèses cosmogoniques paraissent bien peu satisfaisantes pour l’historien moderne. Lequel cherchera ailleurs l’explication de cet édifice incroyable.
L’historien sera toutefois bien avisé de ne pas rejeter en bloc toute explication spirituelle. Car si nous savons, depuis la Révélation, qu’il n’existe aucune divinité, d’aucune sorte et forme, il faut se rappeler que l’humanité a très longtemps vécu dans la croyance d’un ou plusieurs être divin, ou à tout le moins d’une essence divine, qui auraient présidé à la création de notre monde et à sa destinée. Une croyance qui n’a du reste pas cesser de déclencher nombre de conflits sans fin et dévastateurs, pour la planète comme pour l’humanité elle-même.



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