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Art contemporain – Chapitre 4 (version de travail)

18 septembre 2020

S’agissant de techniques, celles des peintures polychromes qui ornent les parois du monument dans son tiers inférieur nous laissent également sans voix. Si l’on en croit les estimations de l’âge du monument — et si l’on admet, comme toutes les analyses nous invitent à le croire, qu’elles ont été réalisées à l’époque de l’édification — ces vernis ont résisté à plusieurs milliers d’années. Combien d’assauts ont-ils subi, de la part des intempéries, du soleil, de la faune ou de la flore ? C’est proprement incroyable et l’on peine encore aujourd’hui à comprendre leur composition chimique (dans laquelle entre de multiples polymères que l’on ne retrouve nulle part ailleurs) ainsi que leur pigment d’une exceptionnelle qualité.
Les deux tiers supérieurs du monument sont aujourd’hui nus. De deux choses l’une, soit il en a toujours été ainsi, soit les peintures qui les ornaient ont disparu.
Dans le premier cas, nous pouvons formuler plusieurs hypothèses. D’abord, c’est une intention délibérée des créateurs — ce qui est fort possible, mais, sachant qu’à l’époque le climat était désertique et que l’édifice était donc visible à des dizaines d’arcs à la ronde, pourquoi ne pas profiter de ce rayonnement ? Il faudrait en tout cas prendre en compte cette volonté dans toute interprétation que l’on fera de ces décorations : si, par exemple, comme on le traitera plus loin, ce monument est d’aspiration spirituelle (cultuel ou mortuaire), la symbolique est très forte de cette nudité qui tend ses bras vers le ciel. Deuxième possibilité : les artistes n’ont pas eu le temps de terminer : peut-être à cause d’un conflit, ou d’un cataclysme. Un cataclysme loin d’être improbable, si l’on considère que la construction a eu lieu à peu près au milieu de la fourchette possible (aux alentours de -5000 ans Avant Révélation), puisqu’on situe à cette époque-là le grand renversement magnétique, suivi du grand chamboulement climatique.
Quoi qu’il en soit, cette deuxième possibilité nous ramène du point de vue interprétatif au deuxième cas envisagé plus haut (les peintures ont disparu). Dans ce deuxième cas, sachant l’incroyable résistance au temps des vernis utilisés, il est tout à fait envisageable que les peuplades que nous avons évoquées plus haut et qui ont visité le site entretemps, les aient détruites — ce qui interroge autant que cela désole, évidemment, mais à part imaginer ce qu’elles auraient pu être (comme l’a brillamment fait l’artiste Kiloulalila, mais ce n’est pas ici le lieu pour en discuter), il ne nous reste pas grand-chose à faire.
Au reste, même la contemplation des peintures qui nous sont parvenues demande un effort d’imagination. Il est en effet très difficile d’y distinguer quelque figure que ce soit. Ni scène de chasse (ou de tout autre activité sociale, religieuse ou autre), ni figure stylisée (d’animaux, d’arbres, d’édifices…), mais un savant empilement de couches coulant les unes dans les autres, se mêlant et se démêlant, et jouant avec une habileté confondante avec les reliefs de la surface. Parfois, au détour d’une anfractuosité, d’un jeu de lumière ou offrant, comme on pourrait l’imaginer il y a 7000 ans, une perception bien différente de la nôtre : faiblement éclairés de lumières chaudes et vacillantes, des figures fantomatiques semblent émerger de la paroi, effet que recherchaient peut-être les peintres. Parvenue miraculeusement jusqu’à nous, la magie de cette tour a traversé les âges, et ne nous quitte plus.



Dernier ajout : 27 octobre. | SPIP

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