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Vendredi 4 septembre

4 septembre 2020

Art contemporain — Chapitre 31

« Une mission commando, quoi. S’ils se faisaient repérer, tout était foutu, ils avaient perdu la partie. C’est pour ça qu’ils s’apprêtaient à me descendre : ils pensaient que je faisais partie de l’autre équipe, de l’équipe adverse, et ils n’auraient certainement pas hésité à faire semblant de me tuer si nécessaire. Me « neutraliser », comme ils disaient — charmant.
« Leur mission, c’était de faire semblant de prendre la pile de pont, qui était censée être très lourdement protégée, pour faire semblant de la faire exploser et ainsi faire semblant de couper les communications adverses. Eux, c’étaient les commandos de choc, de véritables guérilleros surentraînés pour faire le maximum de dégât derrières les lignes ennemies. Les autres jouaient le rôle de l’armée régulière, qui devait trouver des solutions stratégiques pour contrer cette guerre asymétrique.
« Finalement, d’une certaine manière, même si je ne faisais pas partie du scénario de départ, le simple fait que je les croise au fond du canyon m’a donné un rôle dans leur drôle de film : celui de l’indigène, qui peut rester indifférent au conflit ou, au contraire, prendre parti. En tout cas, un grain de sable dans la mécanique guerrière, qui peut jouer à son insu pour l’un ou l’autre des belligérants.
« Je n’y ai pas songé sur le coup, mais je crois que c’est un peu de ma faute, finalement, tout ça. Je leur ai indiqué une faille dans la falaise qui leur permettait d’approcher à quelques dizaines de mètres de la pile, à couvert et sans se faire remarquer.
« Résultat, la surprise a été totale quand ils ont donné l’assaut. Le commando avait été tellement rapide que les troupes régulières supposées défendre la pile de pont n’avaient pas eu complètement le temps de se préparer. L’une des pièces d’artillerie, notamment, n’était pas encore prête. Dans sa hâte, l’imbécile qui s’en occupait n’a pas pris les bonnes munitions : il a mis des vraies au lieu des fausses qu’il devait utiliser.
« Ça a surpris tout le monde. Lui le premier. Heureusement qu’il avait mal visé : personne n’a été blessé. Mais l’explosion des obus a déclenché l’effondrement de douzaines de dolines : ce sont tous ces cratères qu’on peut voir maintenant. Et pas seulement à l’endroit où ils sont tombés. Un peu partout. Toutes ces déflagrations ont provoqué comme un mini tremblement de terre qui s’est propagé à tout le plateau. On a pu voir ça sur les images des drones de surveillance de l’armée : c’est comme une réaction en chaîne, avec tous ces trous qui apparaissent l’un après l’autre dans un nuage de poussière.
« Moi-même, j’ai failli tomber dans l’un d’eux qui s’est ouvert à mes pieds ! J’ai eu une de ces frousses… Je me suis raccroché à une prise au dernier moment. Je ne sais pas comment j’ai réussi à remonter. Tous mes souvenirs de ce moment-là sont comme brouillés par je ne sais quoi, la peur, l’adrénaline. Tous mes réflexes de grimpeur sont revenus d’un coup, comme par magie et je me suis tiré de là, à vue. Une fois en sécurité, j’étais tellement crevé que je suis tombé, comme si j’avais perdu connaissance. Je me suis réveillé dans l’hélico de l’armée. »



Dernier ajout : 24 novembre. | SPIP

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