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Mardi 21 juillet

21 juillet 2020

Art contemporain — Chapitre 14

« Le lendemain matin, on a été réveillés par une odeur âcre de carbonisé. Dehors, la fumée formait comme un brouillard. C’était irrespirable. Les pompiers volontaires se sont évidemment précipités. Étrangement, personne n’avait donné l’alerte. Ç’avait été une nuit sans vent (heureusement d’ailleurs, sinon les dégâts auraient certainement été pires !). Le vent ne s’était levé qu’aux premières heures du jour, alors que tout était déjà fini.
« C’était l’été, la terre était sèche, les herbes, les arbres et arbustes… Après le chapiteau, toute la pinède était partie en fumée.
« Quand le brouillard de fumée s’est enfin dissipé, grâce aussi à l’intervention des pompiers, on a découvert un paysage désolé.
« Le spectacle était saisissant. On avait l’impression qu’une bombe avait tout ravagé. Le paysage alentour n’était que noir : le sol était noir, les quelques troncs qui étaient encore debout étaient noirs. Ça s’étendait à perte de vue ou presque. Jusqu’au bord du canyon d’un côté et jusqu’à la route de l’autre — la route avait été suffisamment large pour arrêter l’avancée des flammes.
« Tout autour de la pile du pont, il y avait les restes de la charpente du cirque et, quelques mètres plus loin, formant comme un cercle, le squelette tout tordu des armatures des gradins.
« Et au milieu de tout ça, donc, la pile de pont qui se dressait. Comme un gigantesque obus, qui serait resté enfoncé dans le sol après avoir explosé. Un champignon atomique sans son chapeau.
« Bizarrement, les flammes avaient quasiment épargné les peintures. On voyait par endroits quelques ombres en volutes, mais pas beaucoup plus, même tout en bas, là où avait pourtant été le cœur du brasier. On a compris quand on s’est rappelé que l’usine de peinture avait développé une peinture spéciale, ignifugée, spécialement pour certaines industries de pointe : aéronautique, armée, etc.
« Ce devait être relâche ce jour-là, et toute la troupe de cirque était allée faire la fête à la ville, pour fêter un anniversaire, je crois. Il n’y avait donc aucune victime, mais ils avaient tout perdu. Un peu plus loin, on voyait encore les carcasses de leurs roulottes et caravanes, carbonisées elles aussi. Avec toutes leurs affaires personnelles, leurs costumes, leurs matériels.
« Ça a fait tout un scandale à nouveau, parce que le cirque n’avait pas informé son assurance de ses (nombreuses) nouvelles recrues : l’assurance a donc refusé de rembourser tout le monde.
« Inutile de dire que cela a signé la fin des aventures circassiennes de notre pile de pont. Tout le monde est parti, et le syndicat d’initiative a licencié les quelques employés qu’ils espéraient encore garder. »



Dernier ajout : 12 août. | SPIP

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