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Jeudi 16 juillet

16 juillet 2020

Art contemporain — Chapitre 11

« Oui, ça aurait pu tout faire flamber, mais heureusement, non ! Les artificiers étaient des nuls, mais les pompiers étaient bien là et ils sont tout de suite intervenus pour sécuriser le site et le public. À part ce que vous voyez en haut de la pile, il n’y a donc pas eu trop de dégât. On ne le voit pas d’ici, mais le béton a un peu noirci aussi, suite à l’explosion. C’est très joli au coucher du soleil !
« Ce n’est donc pas suite au feu d’artifice que la forêt a brulé. C’est un peu plus tard : malgré le drame, le syndicat d’initiative n’a pas désarmé. Il fallait coûte que coûte relancer le tourisme : c’est l’époque où nos amis ont commencé à quitter la région. Et il faut bien avouer qu’ils n’ont pas manqué d’esprit initiative ! Ils ont tenté d’organiser un festival de musique — refroidis par le drame du feu d’artifice, ils ont préféré le classique au rock : le festival a eu son petit succès, mais très insuffisant pour faire vivre tout le monde. Ils ont imaginé des expositions en plein air, des jeux de piste, des chasses au trésor, de l’accrobranche…
« Et puis, au milieu de tout ça, ils ont invité un cirque gigantesque. L’idée était de planter le chapiteau autour de la pile du pont pour qu’il soit le plus vaste possible. La piste était gigantesque : un vrai stade. Et les gradins pouvaient accueillir plusieurs dizaines de milliers de personnes. On n’avait jamais vu ça. Toujours cette idée de mettre le paquet, comme l’arbre qui résiste à l’agonie.
« Ils ont fait une publicité du tonnerre. Malheureusement, ça s’est retourné contre eux. La troupe qu’on avait invitée était l’une des dernières à se produire avec des animaux dressés et des tas d’associations animalistes s’en sont donnés à cœur joie. Pareil pour les numéros de cascadeurs en moto : tout le monde y allait de son refrain. Tout le monde s’y est mis, les pouvoirs publics avec eux et, sous la pression, la troupe a abandonné ses numéros d’animaux et de moto pour se concentrer sur le reste : les clowns, les contorsionnistes, les illusionnistes, les acrobates et autres funambules.
« Ça avait de la gueule. Je l’ai vu plusieurs fois, ce spectacle, avec mon petit-fils — l’aîné de ma fille. Ça marchait bien. On avait l’impression de revoir les mêmes foules de touristes qu’avant. Je vous raconte pas comme on était soulagés
« Hélas, ça n’a pas duré. Un truc auquel on n’avait pas pensé en les poussant à revoir leur spectacle, c’est qu’il fallait bien remplacer les numéros d’animaux par d’autres numéros, politiquement corrects. La troupe a donc dû embaucher de nouveaux artistes, spécialistes de disciplines qu’ils n’avaient pas à leur programme jusque-là : des avaleuses de sabre, des pole danseuses et danseurs, du mât chinois, des sauteurs de trampoline, des diablotins, des cracheurs de feu, des cordistes, des antipodistes, des lampistes…
« Sauf qu’à force d’ajouter de nouveaux numéros, la délicate mécanique du spectacle a commencé à se dérégler. »



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