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Samedi 30 mai

30 mai 2020

Kaléidoscope onirique — 4

Depuis quelques jours, j’assiste impuissant au retour d’un rêve que je fais de manière récurrente, avec évidemment de menues variations d’une fois sur l’autre. Ce peut être un bateau (parfois un dériveur, parfois un bel habitable) qui prend l’eau en avançant, un port qui s’assèche à mesure que je rentre dans le chenal (et je suis bien souvent étonné qu’un petit bout de quille, sur une petite surface de boue, suffit au bateau pour se frayer un chemin).
Ces derniers jours, c’est un ponton de port, qui s’enfonce dans l’eau. Non seulement ce n’est pas un rêve inhabituel, mais ça m’est déjà arrivé dans la réalité ! Seulement, cette fois, nous sommes de nuit, et les pontons s’enfoncent intégralement de 10, 20, 30 centimètres, parfois 1 mètre. Et, surtout, les lattes qui le composent se détachent les unes des autres, se désolidarisent, et ça devient un vrai parcours d’obstacle : je saute de latte en latte, m’enfonçant à chaque saut jusqu’au genou. Et le parcours du ponton semble me faire tourner en rond, sans jamais parvenir, soit au bateau, soit au quai.
Bref : le sol se dérobe sous mes pieds. Un sentiment qu’il n’est pas illogique d’éprouver dans ses rêves en ce moment.
Et puis enfin, je vois le bateau. Lui aussi est à moitié en eau. Dans certaines variations, je suis sur le bateau dès le début du rêve, et je cherche, à la voile, une place de port, tandis que l’eau envahit la cale, la cabine, puis le cockpit et le pont, quoi que je fasse.
Je le vois, entre deux eaux, éclairés par la lumière jaune et sale de l’éclairage public. Parfois, je saute dedans, j’ai besoin d’aller chercher quelque chose dans un équipet, ou sous une couchette. La nuit dernière, je crois qu’il s’agissait de bouteilles. Je ne sais pourquoi. Mais ce peut aussi être un réchaud, des cartes marines, je ne sais quoi. Évidemment, comme souvent dans les rêves, j’arrive à respirer sous l’eau.
Sauf la nuit dernière, justement, où j’essaie d’aller repêcher des bouteilles, mais je m’aperçois (un peu tard) que j’ai oublié de détacher la large écharpe que j’ai mise, je ne sais pourquoi, et qui m’entrave les bras. Quel idiot, me dis-je, de plonger avec les mains attachées. J’ai comme l’impression que des gens arrivent sur le quai à ce moment-là, mais sans assurance.
Et puis j’ai l’impression que le rêve a repris, me revoilà sautillant et valsant sur un ponton qui part à vau-l’eau (littéralement). De nuit, au pied d’une citadelle — est-ce Concarneau ? La Rochelle ? Le port est en tout cas vidé de tous ses bateaux. Parfois, j’ai mis le mien à couple de celui d’un ami, mais impossible de regagner le quai quand même.
Étonnamment, dans ces rêves, je ne songe jamais à gonfler l’annexe. J’ai toujours détesté ça, d’un autre côté. Et, après le premier semi plongeon qui mouille une partie de mes habits, je n’ai pas l’air de prêter trop d’attention au fait que je suis trempé. Que l’eau (ni trop chaude, ni trop froide) est partout. Il doit y avoir quelque chose en rapport avec la vie intra-utérine là-dedans, ce serait l’explication la plus logique, mais je crois plutôt que c’est un sentiment de perte de prise sur le cours des choses. Là encore un sentiment pas illogique par les temps qui courent.
En tout cas, un détail crucial distingue ces rêves : parfois, je m’étonne, parfois je m’inquiète passagèrement, mais jamais, au grand jamais, je ne cède à la peur, à la panique. C’est comme si tout n’allait pas si mal que ça. Inutile de se prendre trop la tête.



Dernier ajout : 18 septembre. | SPIP

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