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Résistances

1er septembre 2010

Mon corps s’y refuse. Résolu. Imperturbable. Non qu’il manque de volonté. Il n’y peut pas grand chose.

S’il me réveille ainsi chaque nuit, ce n’est pas habitude atavique, ou certitude apprise. C’est pour être sûr que, chaque nuit, l’évidence s’élève face à moi, dans la quiétude du silence.

À l’orée du sommeil, lorsque la somnolence gagne sur la conscience et se tamisent les lumières autour des mains, le cœur souvent se calme et se prépare au repos. Le corps alors s’affole, confus, craintif d’une mort qui guette — une secousse involontaire agite la cuisse, comme pour rappeler le cœur à son travail. Ainsi, chaque nuit, mon corps veut sortir mon esprit de l’enlisement et de l’asphyxie.

Il me rappelle, m’ouvre les yeux sur la pénombre qu’il éclaircit aussitôt pour moi, mais ne m’en dit pas plus. Laisse le blanc, le gris, l’indistinct, sans contraste. Il pointe timidement du nez, n’est pas certain de vouloir être compris.

Puis me laisse là. Il semble me faire confiance pour le reste, imagine que ma mission m’est connue, que j’entends distinctement le lointain ronronnement de sa maîtresse— c’est une vieille bougonne, elle marmonne dans sa barbe, d’une voix bourrue et avare en mots. Elle n’est pas méchante, mais prend quelque plaisir pervers à pincer les chairs tendres, à méfaire avec une malice dénuée de joie. Elle est surtout frustrée que plus personne ne l’écoute depuis si longtemps — alors qu’elle a tant de choses à dire. Elle aime se faire désirer, se faire prier, passe de longs moments plongée dans un mutisme fâché, au terme desquels elle daignera lâcher laconique quelques mots essentiels — quelques gouttes d’une essence alcoolique, trouble et troublante, mille fois distillée, mille fois ruminée, précieuse et rare.

Elle est l’aiguillon dans mon flanc — qui parfois fait affleurer le sang. Elle est douleur lancinante, insupportable et douce à la fois. Elle m’a détourné, comme une lettre en souffrance, comme un otage impuissant. Elle est spectre de mon mal, dont elle détient secrètement le remède et la clef.



Dernier ajout : 23 juillet. | SPIP

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