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Parfum d’été

7 mai 2007

À So.G.

À cause de la chaleur, elle s’était couchée à même le sol. La nuit venait de tomber quand elle s’endormit. Il n’y avait pas un bruit dans cette chambre d’hôtel dont elle avait pris possession sans trop de conviction en début d’après-midi. Elle était venue seule se reposer dans cette petite station balnéaire. Sa présence avait surpris grooms et réceptionnistes, de même que sa mise, qui, malgré sa recherche et son apparente élégance — malgré ses gestes qui, à peine esquissés, signifiaient une assurance naturelle et une forme de noblesse innée, bien au-delà des vérités de la naissance —, jurait avec le sérieux bourgeois du lieu. Sa solitude et la réponse négative qu’elle fit quand on lui demanda si un mari viendrait la rejoindre finit d’étonner ces provinciaux moyens, qui avaient plus de mal encore que les parisiens à se défaire de la morale surannée du siècle qui venait de se clore.

Elle n’avait pas indiqué combien de temps elle resterait, mais, au poids de ses bagages et à la rapidité avec laquelle ses effets avaient envahi la pièce, on pouvait deviner qu’elle ne repartirait sans doute pas de si tôt.
Peu après son arrivée, elle était ressortie de l’hôtel pour aller se promener au bord de l’eau, badant entre les bateaux du ports et les autochtones étriqués, en haut-de-forme et monocle à la mode de l’année passée.

Elle ne s’efforçait pas d’être discrète, mais ne se montrait pas non plus. C’était sans aucun doute le plus sûr moyen de se faire remarquer. Toute la petite ville retint son souffle quand on la vit ôter ses souliers, soulever une jupe sans bas et tremper ses jambes — qu’elle avait, est-il besoin de le préciser, fort jolies — dans l’eau. Un œil un peu exercé — ou habitué (mais peut-on vraiment s’habituer à une telle femme ?) — aurait tout de suite remarqué qu’elle avait envie d’en faire davantage. Elle n’aurait rien tant souhaité que d’aller nue dans l’onde.

Tu ôterais ma robe, te retrouverais nue. Tu plongerais avec délices dans cette eau tiède, goûtant son sel, roulant dans l’onde qui masserait ton corps. Tu te laisserais aller à profiter de ces extraordinaires caresses. Tu rirais de joie, peut-être. Tu recommencerais encore et encore, t’abandonnerais à la vague qui roule sans fin, effaçant toute lassitude, savourant lascive. Puis tu prendrais pied sur le sable dans lequel tu t’enfoncerais doucement. Tu te redresserais. Ta tête serait inondée de cheveux ruisselants. Sortie du bain, le vent et le soleil sécheraient ta peau douce et salée. Tu t’allongerais nue sur le sable. Tu poserais ta tête, les cheveux en corolles autour du visage. Et tu fermerais les yeux, envahie par la douce chaleur du soleil. Longtemps tu boirais cette lumière, par tous les pores de ta peau, satisfaite. La douce caresse du vent ferait se dresser tes tétons légers, tes seins pointeraient fièrement, l’aréole légèrement assombrie, vers la nue chaude et tendre.

Mais ce n’était que tentation. Elle n’en fit rien et réprima même l’éclat de rire qui la prit lorsqu’elle songea à la stupéfaction de tous ces gens bien mis devant ce spectacle. Un rire déjà semblait ici une perversion.

Le soleil se couchait, son reflet aveuglait les derniers passants qui suaient sans bruit en regagnant leur médiocre quotidien. Elle, insouciante, laissa s’échapper de son chapeau à larges bords une abondante chevelure brune qui couvrit en volutes le léger tissu de sa robe, caresse sensuelle magnanimement accordée par la brise légère. Sur le chemin de l’hôtel, elle prit un léger repas, dégustant fruits de mer et vin blanc sous le regard des serveurs, eux aussi intrigués par cette beauté inconnue qu’ils n’auraient jamais pu jusqu’alors soupçonner.

De retour dans sa chambre, elle mit un temps infini à se défaire de ses effets et de ses apprêts, consciente du regard d’un huissier de l’hôtel qui, elle l’imaginait si bien, se rompait le dos derrière la porte à vouloir saisir cette nudité inattendue par le trou de la serrure. Elle l’avait vu la guettant dans le hall. Il l’avait suivie avec des efforts de discrétion si évidents qu’ils ne pouvaient que le révéler. Lorsqu’elle pencha son buste en avant, pour libérer sa poitrine chaude et pleine, elle entendit des pas précipités dans le couloir : la vue de ses seins et de son dos nu avait fait fuir le pauvre homme. Il n’aurait certainement pas pu supporter la chute de rein ou les fesses rebondies. Elle sourit encore, fit un petit tour rapide sur le balcon, pour boire un instant la relative fraîcheur du soir, puis elle rentra.

Elle jeta une couverture sur le sol, parquet doux qui préservait jalousement la douceur du jour, la couvrit d’un drap puis s’allongea, un oreiller sous la tête. Elle s’endormit rapidement, comme une enfant qui n’a pas d’ennui.

Ce ne fut pas un bruit qui la réveilla, ce fut un parfum. Un parfum qui l’avait déjà saisie, un peu plus tôt dans l’après-midi, pendant sa promenade sur la plage, sans qu’elle parvienne à en déterminer l’origine. C’était une odeur jeune et saine, d’un corps jeune et sain qui profite bien de sa jeunesse et de sa santé. Un corps occupé, un corps en mouvement, un corps sportif et qui ne s’en cache pas. Peut-être le corps d’un de ces jeunes journaliers qui cherchent sur le port un embarquement éventuel, ou celui d’un de ces jeunes estivants qui, malgré les réserves émises par la société, aiment à vivre en plein air et à s’ébattre de jeux plus ou moins innocents. Bref c’était une odeur qu’elle savait apprécier, une odeur qui tout soudain fit affluer au fond de son ventre un désir urgent et au fond de son esprit un train d’images qu’elle aurait voulu retenir.

Étendue sur le ventre, elle ne bougea pas. Elle sentait sa présence dans la pièce, une présence encore timide, qu’elle ne voulait pas effaroucher. Il ne l’avait pas touchée, pas encore tout au moins. Dès cet instant, elle se prit à vouloir ses doigts sur sa peau, ses mains — ces mains qui sentaient si bon — ses mains dans son cou, dans ses cheveux. Mais l’autre n’en faisait rien. Il restait là, empoté, la contemplant sans doute, dans la lumière douce et diffuse que la lune laissait pénétrer. Peut-être y eut-il un geste, mais elle ne sentit rien, ce geste, si geste il y avait eu, cet imbécile l’avait gardé pour lui. Puis elle sentit qu’il se levait, sans un bruit, et s’évadait comme une ombre, par la fenêtre entrouverte.

Le lendemain, elle vaqua à quelques occupations. Elle n’avait personne à voir ici. Elle ne connaissait personne et personne ne la connaissait. Elle était venue là pour se reposer de toute relation, de toute société. Elle se prétendait qu’elle était venue là pour penser, pour avancer — mais là, je l’arrête tout de suite, je ne suis absolument pas là pour dire ce qu’elle fait dans la vie ! Non mais, et puis quoi encore, ça n’intéresse personne, ça — donc elle vaqua, un point c’est tout.

Elle refit sa promenade de la veille, poussant un peu plus loin vers les lisières de la ville, là où les villas, en s’espaçant sur le front de mer, se disputent l’originalité, le biscornu et l’éclat. Revenue vers le centre, elle s’attarda davantage sur le port. La pensée l’effleura qu’elle recherchait peut-être cet arôme qui l’excitait aussitôt qu’elle y songeait, mais elle l’écarta avec un petit mouvement de dépit. Elle n’aimait pas se sentir ainsi vulnérable, à la fois avide et impuissante.

Le soir venu, en femme d’habitudes rapidement contractées, elle reproduisit exactement la même scène (l’huissier en moins) et s’endormit, un peu piquée de n’avoir pas su retrouver cette fameuse odeur (enfin fameuse pour toi, lectrice ; elle, l’héroïne, ne sait pas que cette odeur deviendra fameuse — grâce à moi).

Ce fut cette fois le bruit qui la réveilla. Comme si, secrètement, elle attendait déjà cette odeur, son sommeil léger l’avait prévenue de son entrée discrète. Elle feint encore le sommeil, tout en pestant de s’être à nouveau endormie sur le ventre. Peut-être, l’ayant trouvée allongée sur le dos, l’autre serait-il sorti de sa réserve.

Le geste s’était fait sans même qu’elle s’en rende compte, sans rompre le silence félin qui régnait dans la chambre. Déjà une main chaude —peau douce avec ce petit je ne sais quoi de âpre qui l’excita plus encore — se posait sur son dos, à la cambrure des reins, déjà un frisson, déjà une surprise, déjà une onde de plaisir —frissonnement qu’elle maîtrise aussitôt, de peur de se révéler. La main resta là puis, s’enhardissant, remonta vers l’omoplate, gagna les épaules ; redescendit bientôt vers les reins pour remonter encore. Doucement — on aurait presque dit habilement n’étaient ces quelques hésitations — la main la caressait, caressait sa nuque, faisait bruisser les cheveux, redescendait encore, réveillant à chaque passage sa peau redevenue vierge, s’attardant sur les fesses et les jambes, s’aventurant même un instant entre les cuisses. Puis il s’arrêta, aussi brusquement qu’il avait commencé et s’enfuit comme la veille, la laissant humide, frustrée, toute entière de désir.

Le lendemain non plus, elle ne le retrouva pas. Elle le crut pourtant, devinant son odeur au coin d’une rue. Se retournant fébrile, elle ne vit ni ne sentit personne qui dégage cette fragrance de désir brut. Le fantasme de l’avoir retrouvée l’aurait à lui seul vue s’offrir au premier passant venu. Tremblante, elle s’écarta, choisit un pan de plage isolé aux regards puis, assise dans le sable, elle releva sa robe et posa sa main sur son sexe gonflé d’insatisfaction. Elle resta ainsi immobile un long moment, heureuse du simple contact. Puis, l’autre main agrippée frénétiquement à ses jupes, elle pressa le clitoris entre ses doigts, le fit rouler délicatement, pressant à nouveau, l’agaçant longuement. Cette caresse longue et appliquée fit revenir à elle tous les souvenirs des deux nuits précédentes, remonter des tréfonds de sa jouissance le parfum nocturne, jusqu’à ce qu’enfin l’orgasme la libère.

Ou du moins le croyait-elle. Car, en se couchant, le soir venu, elle se trouva à nouveau tremblante et décida que, pour se satisfaire davantage, elle devrait cette fois se mettre sur le dos.

La caresse débuta au bout des pieds. Monta avec une lenteur redoutable vers les cuisses, pour s’interrompre hélas bientôt. Heureusement, l’autre avait cette fois plus d’imagination. Posant une main légère sur ses seins, il commença de déposer ses baisers sur son visage, ses yeux endormis et ses lèvres entrouvertes desquelles s’échappait une respiration qu’elle était bien en peine de calmer. Sa main et sa bouche glissèrent insensiblement, toujours plus bas. Il mordillait ses tétons, élargissant son geste à chaque nouvelle caresse, tandis que sa main se posait doucement sur son sexe, recherchant sa moiteur, jouant à s’écarter par instants pour aller effleurer la peau fine d’entre les cuisses pour revenir bientôt, inexorablement attirée par la fente affamée.

Elle eut un instant peur qu’il sache. Qu’il sache qu’elle était éveillée et qu’il ne s’en effarouche. Mais cette peur s’évanouit bientôt lorsque la bouche se dirigea vers son sexe avec une mâle autorité. Subrepticement, imperceptiblement, elle écarta les cuisses pour lui laisser tout loisir de lui faire ce qu’elle souhaitait ardemment qu’il lui fasse.

Son cunnilingus commença mal, il faut bien l’avouer — ou, plus précisément, pas vraiment au bon endroit ; il s’appliquait trop, ne concentrait pas sa caresse là où elle aurait aimé qu’il insiste, mais il apprit vite et sut bientôt ce qu’il fallait faire. Prenant goût à la chose, il redevint brouillon, dévora de baisers tout ce qui était à sa portée. Enfin, désireux sans doute de savourer le nectar, il se calma. De sa bouche entrouverte, il effleura ce sexe qui s’ouvrait à sa langue, allant et venant doucement. Il découvrit le clitoris qu’il serra entre ses lèvres un instant, avant d’y appliquer une langue franche, qui la téta avec une tendresse appuyée. D’un soupir discret, elle lui fit savoir son plaisir et il poursuivit, mettant tout son cœur à la tâche, plongeant sa langue enfin tout en caressant d’une main sa poitrine, de l’autre ce qu’il embrassait avec ferveur jouant habilement de ses doigts. Il y avait dans sa caresse une tendresse extrême ainsi qu’une avidité et une volonté inextinguibles. À l’approche de l’orgasme, elle ne sût que faire. Elle voulut crier, voulut ouvrir les yeux sur cette tête qu’elle aurait aimé emprisonner entre ses cuisses, mais se retint, craignant de rompre la magie du moment, de voir son plaisir en pâtir. Elle consentit à gémir, espérant qu’il mettrait ça sur le compte de quelque fantasme onirique déclenché par ses caresses.

La jouissance fut gigantesque, hallucinante. La dernière montée de son orgasme fut si forte qu’elle en perdit tout sens des réalités.

Quand elle se réveilla, encore frémissante, les cuisses frissonnantes, il était reparti déjà, fantôme se dérobant toujours.

Le lendemain, on vint lui annoncer une visite. N’ayant prévenu personne de sa présence ici, elle descendit intriguée et vit, engoncé dans une sage redingote, un homme mince et grand, d’une grande élégance — c’était un ancien amant, à qui elle devait beaucoup. Il était aussi déplacé qu’elle dans cet endroit peu prisé des gens à la mode, venu en impromptu de la capitale par cet été moite. Et, en effet, trop cultivé et trop snob pour avoir fait le déplacement sans avoir une idée précise en tête, il était venu pour lui parler de « choses sérieuses » et demanda à aller converser au calme, dans sa chambre. Elle l’avait un jour aimé tendrement, mais se refusait à souiller son fantasme de cette présence inopportune dans la chambre de son plaisir. Elle l’invita donc à prendre le thé dans un salon, à deux pas de l’hôtel. Imperturbable, il lui débita son discours, d’un ton monocorde et sentencieux, auquel elle prête une attention distraite. Ses pensées la ramenaient sans cesse à la nuit précédente, revivant dans son corps les caresses qui l’avaient transportée, ces mains et ces lèvres tendres sur son corps rendues palpables par le souvenir. Ce n’est qu’en entendant le mot « mariage » qu’elle se réveilla tout à fait. Elle lui fit répéter sa phrase, doutant d’avoir bien compris. Et pourtant, oui, il venait bien de lui demander sa main. Elle le considéra, cet homme mûr en face d’elle, et éclata de rire, dans toute la fraîcheur de sa jeunesse et de sa beauté. Il fit mine de se vexer, de se lever, mais elle le retint. On verra, dit-elle rêveusement.

Il semblait dépité, remonté aussi, voulut lui faire quelque reproche puis se ravisa et décida qu’il était temps de prendre congé. En partant, il lui dit d’un ton sévère qu’il rentrait à Paris, qu’elle lui fasse savoir quand elle serait de retour et qu’elle réfléchisse et que c’était sérieux.

Mais elle n’avait aucune envie de réfléchir. Tout ce qu’elle pouvait faire à présent, c’était attendre la nuit.

Elle avait prié le personnel de l’hôtel de ne pas faire la chambre et de ne rien déranger. On s’étonnait encore un peu de son extravagance, mais, fasciné par son charme, on avait pris le parti d’en rire et de rentrer dans son jeu.

Quand elle revint au soir, elle vérifia que tout était bien à sa place et se coucha, agitée d’appréhension.

Cette nuit-là, ce ne fut ni l’odeur, ni les caresses qui la réveillèrent, mais un sexe large et tendu qui déjà se frayait un chemin entre ses cuisses. L’odeur était là, elle était enfin sur elle, en elle, enveloppante et pénétrante.

En un instant, elle se souvint de ce qu’elle avait cru avoir seulement rêvé. Il l’avait découverte à nouveau étendue sur le ventre. Il l’avait caressée un bon moment, caressant son dos, ses cuisses, ses fesses, s’attardant encore sur le sexe qui était à présent surexcité, puis il avait écarté un peu ses cuisses et, en évitant de trop peser sur elle par peur de la réveiller, avait de son gland caressé les lèvres de son sexe qui bayait avide et impatient. Puis il avait poussé, doucement, sans à-coup, mais avec détermination, la détermination d’enfin la prendre, d’enfin la posséder.

Sans qu’il s’en aperçoive, elle souleva le bassin pour lui faciliter la tâche. Il était à présent entièrement en elle. Il la remplissait, ne laissant plus de place que pour le plaisir qui se dessinait. Il resta ainsi un long moment, sans bouger d’un pouce. D’immenses et insupportables efforts sur elle-même lui furent nécessaires pour ne pas commencer à remuer, pour ne pas laisser s’échapper ce gémissement qui montait du fond de sa gorge. Elle se doutait qu’il n’était pas dupe, mais elle voulait préserver l’illusion. Et puis qu’importe, en cet instant, qu’il fut dupe ou non. Elle le sentit qui se penchait sur son dos et déposait un léger baiser sous son oreille gauche, dégagée de la chevelure.

Ce n’est qu’alors qu’il commença à faire jouer sa queue turgescente dans l’étroit fourreau qu’il avait investi (enfin un vocabulaire un peu plus suggestif ! Mais à quel prix ! ô combien connoté !). Il se retira imperceptiblement puis la reprit tout à fait, renouvelant le geste en l’amplifiant, mais toujours à un rythme mesuré, atroce de retenue, qui faisait monter en elle un plaisir de grande marée déchue. Elle sentait sur sa nuque le souffle de sa respiration délicate et rauque. Et cette odeur, ce parfum entêtant qui l’excitait plus que tout, que son haleine décuplait et qui était une caresse supplémentaire, un tardif préliminaire.

Il allait et venait sans répit, et ne s’apercevait pas qu’à présent elle y mettait du sien. Il ne s’étonna pas par exemple de ce qu’elle prenne sa main gauche, jusqu’alors posée à plat à côté de son épaule, et l’amène vers son sein et que, l’obligeant ainsi à se pencher davantage, elle cherche ses lèvres et les avale.

Puis elle le sentit jouir. Et ce sexe qui se répandait en elle, en une secousse discrète et pourtant formidable, déclencha en elle une avalanche de plaisir qui décrut sans impatience.

Redressé à nouveau sur ses deux bras, il restait ainsi en elle, jouissant encore de ces derniers instants. Elle sentait son sexe et son odeur décroître peu à peu et s’assoupit ainsi, dans un demi-sommeil léger qui ne l’empêcha pas de le sentir s’extirper d’entre ses cuisses, contempler l’adorable désordre, se lever et s’en aller enfin.

Le lendemain, elle prenait le train pour Paris. Sur le quai, elle vit quatre jeunes gens, quatre frères qui devaient avoir entre dix-sept et vingt-cinq ans, bien mis, insupportablement bourgeois et convenus. Quand elle passa à côté de la petite famille comme il faut, elle sentit dans l’air flotter ce parfum encore si capiteux — dans la lumière crue de cette matinée estivale que le soleil n’avait pas encore rougie, la triste vision ôtait tout son charme au parfum de la nuit.

Revu et corrigé le 4 juillet 2009.



Dernier ajout : 23 juillet. | SPIP

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