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Égarée

15 février 2010

Mince, j’étais sûr de l’avoir mise dans ma poche. Ma poche droite, là, celle-là. Je perds jamais rien d’habitude. Et c’est justement ça, la première chose que je perds. De ma vie. Une forme de fatalité, j’imagine. Pas de trou au fond — pantalon neuf. Saloperie de pantalon neuf, elle a du glisser, quand je me suis assis dans le métro. Imagine la gueule du type qui va la retrouver. Et mince, j’ai même pas mis mon nom dessus. J’ai encore mes sens, ceux-là, je ne les ai pas égarés, mais...

Et à présent, qu’est-ce que tu vas faire à présent ? Pas de livre, pas de pensée uniforme, cohérente, pas de direction univoque. Inspiration (perdue), pensées multiples qui fusent, visions de boue graisseuse, de tache d’huile sur une eau trouble et tremblante. Un avion évolue dans le ciel, gracieux, on l’entend à peine. Courbes et arabesques, il danse comme un tournesol au milieu des nuages. Il veut dessiner, désigner, le bout, ou quelqu’autre point là-bas sur l’horizon, à l’écart de toute lueur rougeâtre, quelque point oublié, délaissé, ou délibérément écarté, qu’en sais-je.

Suffit pas de le voir, il faut le scruter, le froncer, le foncer, le coller (au train), le travailler encore. L’écouter un instant. Il me montre du bout du nez, me montre à moi-même ce que j’ai déposé, voudrait me forcer à cracher encore, à dépasser ma peur, à casser. Il me gifle, m’ouvre les yeux, me prend violemment la tête et la retourne en moi, mon cou tendu, mes yeux rougis.

Je retrace mes pas. Mais retrouverai-je jamais la rame (de papier) que j’ai empruntée ?

Je ferais mieux d’aller braquer un casino. La vie serait tellement plus simple !



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