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14 février 2010

Episode X

Ni Dieu, ni Maître — ni Diable, ni Chat — moins encore de Marguerite sur la page de garde. Une épée, seulement, qui porte le souvenir d’Odessa, Potemkine, Sakharine et les autres. Une épée blanche, étincelante dans la neige sale des congères. Et le sourire au-dessus, et les lumières qui s’étalent sur de vastes espaces, et cette valse affolée de corps nus et échelés, blancheur de nacre, survol des toits sous lesquels on trouvera certainement un taudis ou deux. Roman de théâtre, scène d’enfant, maquette solitaire éclairée d’une unique bougie, un visage fiévreux qui cherche et invente, raconte sans queue ni tête. Une vieille couverture rapiécée sert de fragile cloison, on y passerait un bras, on hésite à y mettre l’œil.

De l’autre côté, un soupir de soulagement qu’on aimerait oublier. Il y a l’aiguille et le petit flacon, son liquide à la viscosité claire, qui dégage une odeur entêtante, bien loin de la crasse qui nous entoure. L’homme est allongé, affalé contre le mur. Il tapote sur l’aiguille, tic tic — l’enfant ferme les yeux, tente de ne pas entendre. L’autre a essayé la fumée, a aimé son ivresse, mais n’y a pas trouvé l’abandon. Il a tenté variation, il a tenté la souffrance. La douleur est trop forte.

Il lève les yeux sans but vers le plafond écaillé. Il redessine du regard un chat, un sourire tordu, lèvres fines sinueuses, une paire d’yeux pleins d’intelligence et de désirs. Le plafond implose, comme aspiré, soulevé par une main extérieure et maladroite. Le ciel se découvre. Le diable s’en va, il laisse seuls les hommes. Il nous manquera. Il emporte avec lui notre naïveté — celle de l’homme qui rame et se débat, erre, espère et se vend. Et y en a qui trouvent ça drôle (moi compris, même si moi pas comprendre) !



Dernier ajout : 21 juillet. | SPIP

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