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Petits mensonges

2 février 2010

À force d’enchaîner les petits mensonges, on marchait à présent juste à côté de sa vie.

Au début, c’était simple. Un mensonge à la fois, deux, trois tout au plus — les mêmes pour tout le monde — les choses étaient clairs, pas besoin de se casser la tête. Mais on ne peut user des mêmes mensonges sur tous. Il faut s’adapter, trouver le bon, celui qui fera mouche. Et c’est là que l’affaire se complique.

Ce n’étaient jamais des mensonges bien méchants — quelques omissions, ou imprécisions sujettes à interprétations, quelques suggestions lancées sans en avoir l’air, et laissées à la discrétion de l’autre —, mais il fallait bien tenir le compte. On avait inventé des logiciels pour ça, mi-organizer, mi-agenda, mi-répertoire (ça fait trois mi, encore un mensonge), des sites en ligne proposait leurs services d’unification et de simplification.

Mais la dynamique des mensonges avait quelque chose de l’arborescence exponentielle, doublée d’un caractère stochastique hautement complexe car dépendant des altérations historiques, géographiques, psychologiques, et situationnelles, des degrés de fatigue et de multiples paramètres absolument incontrôlables.

Une fois émis, un mensonge devenait comme une vie parallèle, que l’on se devait de vivre à part soi, et à laquelle on devait ajouter divers éléments, réels ou affabulés, du quotidien personnel ou collectif.

Chacun commença à enregistrer ses propres conversations. Et à les apprendre par cœur le soir-même. Personne ne voulait être pris en défaut. Question d’honneur.

Un vrai labyrinthe schrödingerien.



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