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J&C (suite)

13 janvier 2010

Suite...

Gestes retenus, mots laissés non dits, que l’on tourne et retourne, qui hantent chaque instant, chaque instant inédits et inouïs.

Comment l’imaginer, à entendre le déchaînement — cascade d’expressivité expansive — de sa musique ? — ces longues phrases au lyrisme incandescent et non moins poétique, qui emportent le cœur bouleversent les sens font monter des tréfonds un chant inégal et insatisfait — geste généreux et large, incarnation palpable de désirs et de forts èthos.

Le voir s’enflammer au piano — lui, doué d’une technique extraordinairement brillante, si abondante qu’on pourrait parfois la croire approximative. Il cache sous la tempête sonore la subtilité, la finesse des sentiments au cœur des couleurs, dans le secret espoir de la séduire sans passer les bornes de l’amitié, de l’admiration, du respect, dans le secret espoir, aussi, de préserver cryptée l’intimité de son amour. Surabondance de vie, épaisseur soyeuse et grasse la musique — on se rattrape comme on peut.

Dans la pénombre, il n’a pas le cheveu arrogant, l’allure conquérante. Les yeux baissés, perdus dans les interstices du parquet, il est enfantin dans ses réflexions. Son front soucieux est celui d’un enfant qui cherche une explication à quelque mystère de la nature. Il ne bouge plus — il oublie sans doute les secondes qui s’égrènent, le silence garantit l’immobilité du temps. Il a beau cherché, il ne trouve pas de mot, pas de parole, pas de réconfort ou d’amitié — dans son esprit, il ne trouve que quelques notes, qui tournent et résonnent, s’enroulent les unes aux autres, il ne les démêle plus, incapable d’y distinguer queue ou tête. Paralysé — la tête dans la musique ne saurait plus donner d’ordre au jambe, au bras, à la main qui se crispe involontairement sur le bouton de la porte.

La maison ne respire plus, le soleil se cache enfin — on ne le remarque pas, on le constate a posteriori, le cadre d’une fenêtre ne projette plus sa silhouette orangée sur le parquet, les tentures s’assombrissent, les yeux s’habituent à la pénombre, mais les contrastes ne sont plus ce qu’ils étaient un instant auparavant. La soirée s’annonce, la nuit s’avance.



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